3 août 2015

Waxman

- C’est la première fois ?

- Heu, oui...

- Alors profitez bien de l’expérience.  Vous allez aimer cela la première fois.  Mais après quelques heures, vous n’aurez plus qu’envie de retourner chez vous...

Je suis dans la salle d’essayage de chez Waxman.  Le type, calme mais sympatique, prend mes mesures d’une manière très précise.

- Pantalon 40.

- Mais c’est impossible.  Je vais me perdre là-dedans...   Je ne porte pas du 40...

- Votre taille n’est pas 40 mais vos jambes le sont.  On va vous donner des 40 et ajuster autour de la taille.

Évidemment.  J’ai d’énormes jambes.  Ce qui fait que mes pantalons sont toujours trop serrés au niveau des cuisses.  Ce qui me pose toujours problèmes selon la coupe du pantalon.  Mais le gars est un professionnel, il connaît tout cela.  Il m’apporte sa sélection.

- Vous faites cela souvent, que je lui demande...

- Oui souvent, surtout pour les gros tournages.  Essayez le pantalon et la chemise,  je vais ensuite vous aider pour les vestons.

En quelques minutes tout est réglé.  Me voilà avec un joli tuxédo à ma taille pour jouer dans une scène du dernier film de Denis Villeneuve.  Parmis je ne sais combien d’autres figurants, je ne sais pas encore.  Mais je crois qu’il y aura ben du monde....  Et puis que je risque de n’être qu’une tâche dans une immense salle de bal, car c’est une scène de bal que nous devons jouer.

Figurant ca me va très bien.  C’est un rôle que je me donne déjà souvent dans le quotidien.  J’aime observer.  Prendre le temps de voir.

Je devrais donc me fondre dans la masse du tournage de M. Villeneuve.  Je vais faire de mon mieux.  Bien écouter toutes les directives.

Et puis ensuite je vais vous raconter...

Comment tout cela s’est passé.

M.

13 déc. 2014

Le fumeur de gauloises


Je ne sais toujours de quoi j’ai l’air.  Ce soir là j’avais, j’imagine, l’air de moi.  Fumant une cigarette à la sortie d’un métro en clavardant avec une amie à laquelle je me proposais de rendre visite.  Un jeune homme me demande une cigarette.  Chose que je refuse rarement.  J’offre même parfois de  mon propre chef l’objet aux gens qui me tendent la main dans la rue.  Je n’ai jamais beaucoup de monnaie mais j’ai toujours des cigarettes.  Le  geste est généralement bien accueilli.  Sauf une fois, un sans-abri exceptionnellement non fumeur qui me regarda d’un air voulant dire « Hey mec, tu trouves pas que j’ai pas assez de problèmes comme ça? ».

Mais revenons à ce jeune homme auquel offre donc une cigarette tout en continuant la conversation que j’avais du bout de mes doigts avec mon amie.

- Des gauloises!.  Vous avez l’air de quelqu’un qui fume des gauloises.

Du moins j’apprenais ce soir la couleur de mon air.  Celle d’un fumeur de gauloises.

Je lui précise que c’est du tabac blond, et que ce sont les plus faibles qui puissent êtres, comme pour m’excuser de ne pas être un fumeur invétéré de cigarettes fortes et odorantes comme on pourrait penser qu’un fumeur de cigarettes européennes l’est.

Et puis il me parle et m’accompagne un bout de chemin alors que je me dirigeais vers l’amie qui maintenant, au bout de notre conversation numérique, attendait ma venue.

Ce n’est pas que je cherche de la compagnie mais c’est parfois la compagnie qui me cherche, prenant la forme d’un demandeur de cigarette ou autre.  Je ne sais pas pourquoi, je dois avoir l’air d’un type qui cherche la compagnie des autres.

Volubile, le jeune homme démarre sur la généralisation de l’utilisation des téléphones intelligents au détriment des ‘vrais’ conversations et sur ma propre concentration sur le petit appareil alors qu’il était, tout-à-l’heure, lui-même à me parler.  Je précise que j’étais moi-même en conversation avec quelqu’un, aussi numérique que conversation puisse avoir été.  Mais je me rend bien vite compte que mon doux argumentaire ne démonte pas l’individu.  J’ignore même s’il y fit la moindre attention, continuant sur sa lancée alors que nous arpentions le trottoir.

J’ai parfois l’impression que dans la balance des choses, la jeunesse use grandement de cette motivation quelle propage comme elle peut, selon l’inspiration du moment et les tendances de son coeur, comme une vague déferlante qu’on ne peut retenir et pour laquelle il faut bien trouver une cause afin éviter l’inondation de l’âme.  Mon nouvel ami, avec forts gestes et paroles, me parle de l’horrible situation dans laquelle le monde se trouve, les gens condamnés à marcher le dos courbés, fascinés par le carré de lumière qu’ils tiennent dans leur main, les ‘vraies’ conversations misent au rancard, substituées par l’électronique.  J’opine à ses affirmations, en toute lâcheté et heureux que son débit ne me permette pas de rétorquer.  Comment lui expliquer que ce genre de réflexions devaient être les même qu’au moment de l’invention du téléphone?  Que je crois que l’utilisation de l’outil est bien plus à blâmer que l’outil lui-même.  Que je travaille dans le domaine des TI et que je possède une panoplie complète des gadgets qu’il maudits, que ma montre est connectée à mon iPhone et qu’une caméra web me permet même de vérifier le bien-être de mon chat alors que je suis au boulot.  Que je ‘Skype’ avec ma mère de 91 ans tous les jours et que Facebook me permet de conserver le lien avec mes amis qui n’habitent pas à Montréal où je ne connais presque personne.  Que j’utilise mon iPad au bureau de manière presque abusive…  Que je suis un geek fini….

Finalement il s’engouffre dans une porte menant à une destination que j’ignore et pour laquelle j’ai peu d’intérêt, non sans m’avoir chaleureusement salué, heureux de notre conversation et moi de son départ.

Soulagé, car j’étais presque à destination et que je suis de cette génération qui rebutent d’informer où ils vont, surtout quand c’est chez une dame, de peur que l’ont viennent ensuite l’ennuyer, sachant dans quelle porte ils m’ont vu m’engager.  Je suis de cette génération qui craint pour les dames et qui s’octroie, peut-être à tord, de les protéger.  Ainsi en toute avenue, aussi minime que soit les risques, il me vient l’idée qu'il est possible qu'un malheur survienne et qu'il me faut l'éviter, ne pouvant concevoir ou supporter qu'une maladresse de ma part cause préjudice à une dame de ma connaissance.  Je considère que ce monde est dangereux et n'y accorde que peu de confiance.  Croyant dur comme fer que pour les nombreuses personnes que je considère des gens biens il existe une myriade d'âmes perdues et dangereuses, prisonnières des méandres de leurs esprits et sujettes aux comportements les plus imprévisibles.

Toutes ces considérations font de moi un être revêche, peu porté aux nouvelles connaissances et suffisamment lâche pour éviter la confrontation avec les inconnus. Je réserve mes opinions pour la compagnies de gens dont je connais suffisamment les airs pour être assuré de la justesse de leur caractères et de la stabilité de leurs tempérament, évitant d'un côté le soliloque de ceux qui savent tout et dont on ne peut tirer la moindre ouverture envers d’autres opinions que les siennes et la colère de l'idiot persuadé que l'émotion qui le transporte ne peut qu'émaner de la justesse de ses affirmations, lesquelles lui donnent doit de lever le ton et même le bras si d'aventure il se retrouve retranché dans le bazar de ses croyances par une juste remarque à laquelle il n’aura de réponse que la frustration et le mécontentement.

Je préfère ceux qui doutent.  Peut-être par esprit de fraternité ou recherche des zones confortables. Il m’apparait que les septiques usent de plus de raisonnement que de calories ce qui me pousse à croire qu’une discussion avec eux possède de meilleures chances d’aboutissement, dans un sens ou dans l’autre, peu importe que je convainque où soit convaincu du moment où nous aurons l’impression d’approcher d’une sorte de vérité ou au moins d’écarter les avenues les plus burlesques et échevelées.

Je monte maintenant l’escalier qui me permettra de prendre quelques minutes pour dire bonjour et recevoir quelques nouvelles de mon amie.

J’aimerais vous dire qu’il ne me faut que peu de temps pour oublier le jeune individu mais il n’en est rien, Je n’oublie jamais rien, au mieux tout se transforme à force d’accumuler les couches de souvenirs les unes sur les autres.

Je cherche encore la signification de tout cela…





12 avr. 2014

La pièce du fond....

C'est un peu le foutoir dans la pièce du fond.  Pour une fois j'ai un sous-sol bien mis.  Avec de l'espace pour la télé, la table à dessin, le bureau avec les ordis.  J'ai de la place et c'est bien rangé.  Tout est bien rangé parceque j'ai la pièce du fond où je peux cumuler les trucs et les patentes sans encombrer le reste de l'appartement.  Alors je cumule les trucs et les patentes en conséquence.  Et trucs et patente il y a.  Tout ce bel assemblage me procure un rez-de-chaussée bien dégagé et sobrement décoré.  Avec de la lumière et de l'espace, une belle vue sur la chambre du fond et la petite cour.  J'aime bien que l'accès à la cour se fasse par la chambre.  Quand le soleil tape, ça me donne l'impression de dormir dans une colonie de vacances.  L'été je vois mon petit coin de verdure de mon lit.  Quand il pleut, je laisse la porte patio ouverte et m'octroie un somme rempli de songes de gouttes de pluie.

Ce n'est pas parfait.  C'est situé dans un endroit un peu bruyant.  Mais ça va....  J'aime bien....

- Alors c'est quoi le problème McLeod ?

C'est un peu le foutoir dans la pièce du fond.  Je dégage tranquillement certaines affaires.  J'arrange un coin.  J'installe un chevalet.  J'accroche des lumières.

Bref, je vais peindre...

- Quoi ?  T'as pas d'atelier ?

Non, alors je m'invente un atelier.  Je sors les pots de peinture et tout l'attirail qui va avec.  Les toiles sont entassées dans un coin.  Je vais peindre...  Encore une fois...  Oui, je vais peindre...

- Tu vas peindre quoi?

Encore une fois, une énorme période de temps est consacrée à ne rien faire....   À me promener dans mon assemblage...   Qu'est-ce que tu vas peindre McLeod?   Je regardes les croquis de modèles vivants...  Certains sont bien...  Je regarde les photos de des anciennes scéances de modèles...  

Certaines sont bien....

Je regarde au fond de moi, les idées qui traînent....

Certaines sont potables....

Je dispose les pots de peintures sur une grande surface....  Les plus petits pots sont les plus chers, des fois plus de cinquante dollards pièce....    Et moi qui gaspille si souvent....  Qui peinture par dessus la peinture...  Qui badigeonne abondamment....   

Je devrais m'acheter de la peinture Sico, ça me coûterait moins cher....








1 mars 2014

C'est juste le café

J'ai le coeur qui fonctionne doucement, lentement on dirait qu'il dort...

Je me lève doucement le matin pour pas le réveiller.  J'essaie de ne pas faire trop de bruit...  Je marche lentement pour aller au bureau.  Si je prends trop de café au boulot et que je sens qu'il s'énerve lors je le rassure...

- Hey vieux, calme toi, c'est que du café...

- T'es sûr, c'est seulement du café ?

- C'est que du café, j'te jure, rien d'autre.  Allez, rendors-toi et fout moi la paix...

Ca lui prend un peu de temps pour sombrer...  Il espérait autre chose...

- C'est juste du café, enfoiré!  Tu ferme ta gueule et tu va ronfler dans ta cage thoracique comme un bon petit bonhomme de coeur.  J'ai du travail à faire moi...

- Bon, ok, mais il me semble qu'il y avait une fille dans le métro tout à l'heure, me semble bien que...

- Lâche-moi avec les filles dans le métro et marche te coucher!

Il me fait gerber avec les filles dans le métro, les filles dans la rue, les filles dans les autos, les filles dans les cafés et les bars.  Les filles partout...  Si ça continue je vais être obligé de raser les murs, d'aller au travail avec un bandeau sur les yeux et un chien d'aveugle, de ne plus écouter la télé ou même la radio...

- Elle a une belle voix elle, tu trouve pas? Je suis sûr que c'est une personne formidable.  Elle sourit tout le temps et elle aime la neige.  C'est sûr, c'est le genre à sortir la langue pour attraper les flocons.  Tu pourrais la faire rigoler facilement avec tes conneries.  Ce serait chouette...

- Tu dis n'importe-quoi...  Une jolie voix ça veut rien dire.  Elle est probablement rien de tout cela.  Elle gagne un salaire de misère pour faire sa chronique, son chum fais des heures de nuit et le couple bât de l'aile.  Elle est à son deuxième avortement et crêve de trouille car elle est retard et sais qu'elle ne pourra en supporter un troisième, surtout que c'est probablement cette histoire d'un soir...   Une histoire à la fois glauque et pourtant aussi autre chose...  Quelque chose qu'elle a de la misère à définir, quelque chose qui lui manque...  Quelque chose qui fait que parfois les filles cherchent les histoires glauques.

- Tu divagues voyons!

- Et toi, tu divagues pas?  Retourne te coucher enfoiré!

Des fois il me mets en colère.  J'aimerais le sortir de ma poitrine et lui mettre le nez dans sa merde.

-Regardes!  Regardes de quoi t'as l'air!  T'es ratatiné comme un raison sec, t'as de la misère à respirer, tu racles comme un instrument aratoire oublié par un fermier mort depuis longtemps...   Alors tu fermes ta gueule!  Tout ce que je te demande c'est de pomper le sang.  C'est pas compliqué ça?  C'est pas trop dur?  Soixante fois par minute, un petit coup de pompe et hop! Tous le monde est content, on maintient la machine en vie et tout va pour le mieux.  Alors oublie tes rêves de grandeur et retourne dans ta thoracique de cage.

...

Mais je me lève doucement le matin pour ne pas le réveiller.  Je le laisse dans ses rêves, je sais que c'est là qu'il est le mieux.  Des fois je me souviens un peu de les avoir partagés avec lui.  C'est toujours un peu flou, quelques images, des sensations.  Mais faut pas trop que j'y pense, sinon je vais le réveiller.


- Hey salut!  Tu te souviens du rêve de cette nuit?  Avec la fille qui bouffait des flocons de neige?  Chouette non?

- Non.  Me souviens de rien...

- Tu me compte des blagues!  C'est pas possible que tu t'en souvienne pas....

- Me souviens de rien.  Lâche-moi et retourne te coucher.

- Mais j'ai bien senti quelque chose...  me semble...

- Retourne te coucher, c'est rien...   

C'est juste le café....

 






9 févr. 2014

Demain c'est lundi

Je vais manger du saumon....  Probablement....  avec des pâtes fraîches et un verre ou deux de vin blanc.  Je vais écouter un film, chercher une nouvelle voiture sur internet ou encore perdre facilement mon temps à ne rien faire vraiment...  Je vais écouter le bruit de la lampe, en fumant une cigarette et en regardant ce qui se passe quand on ne regarde pas.

Je vais rien foutre.

Je vais faire l'aménagement de l'atelier.  Je vais classer toute une vie de paperasse.  Je vais écrire l'histoire d'un enfant qui se demande pourquoi il est venu au monde et pourquoi personne ne semble se poser la question.  Je vais faire une conférence sur les bienfaits du doute.

Je vais trier mes légumes par ordre de grandeur, en une belle ligne droite.

Je vais fumer une autre cigarette...

Je vais écouter un reportage sur les méfait de la télévision.  Je vais laver la vaiselle.   Je vais expliquer au chat pourquoi il est seul, le jour, à la maison.  Je ne vais pas fumer une autre cigarette, je vais attendre...

Je vais me verser un autre verre de vin et finalement m'allumer une autre cigarette.  Je vais écouter de la musique sans parole.  Je vais pointer un doigt accusateur vers ma planche à repasser qui ne fait pas bien son travail.  Je vais réfléchir à la situation du monde et à ma grande capacité à me foutre de la misère des autres.  

Je vais arrêter de penser au reste du monde et à ma capacité à fermer les yeux. 

Je vais tenter d'arrêter de penser au reste du monde.

Je vais me verser encore du vin et fumer encore des cigarettes.

Demain c'est lundi.

Je vais pouvoir me mettre au travail et arrêter de penser à toutes ces choses....

1 févr. 2014

Les choses vont...

Je vais bien.  Les choses vont comme elles vont.  Je règle les petits irritants et je regarde le reste passer sans savoir ou il va.

J'ai des projets qui se construisent lentement, doucement, dans la lenteur de mes créations.  Je produis peu.  Je crée le vide autour de moi et puis le vide se meuble de lui-même.  Je ne fais qu'écouter ce qui se construit dans le silence.  Il y a tout un monde dans le silence.  

J'essaie d'éviter les éclats de voix et les rires bruyants.  Je n'aime pas quand les gens parlent trop fort autour de moi.  Ça brise les fragiles constructions de mon silence.

Pourtant j'aime être entouré de gens...  Je ne suis pas un solitaire.

Ce qui parfois cause problème.  Comme aujourd'hui, au petit café où je me rend souvent.  Deux types s'installent sur une table tout près et le plus jeune parle fort et sans cesser d'exprimer sa frustation sur un tas de choses que je préfèrerais ne pas entendre...

Je ne supporte pas longtemps cette proximité et plie bagages.

J'achète une bouteille de vin conseillée agréablement par un employé de ma SAQ.

- C'est un 91 au magazine, Wine Advocate.  C'est rare pour un vin de ce prix.

22 dollars.  C'est dans mes moyens.  Je vais faire une petite découverte ce soir.

Un peu plus tard j'entre dans cette nouvelle petite pharmacie de la rue Wellington pour acheter une crème pour soulager ces petites brûlures de froid que j'inflige à ma peau en ne m'habillant jamais comme il faut les jours de basses température.  Je passe un bon quart d'heure avec le jeune pharmacien propriétaire qui m'explique un paquet de choses que j'ignorais...

- Toutes ces crèmes sont à base d'aspirine...  Oui, de l'aspirine...  C'est fort et ça retire une petite partie de la peau...  À déconseiller si possible.  Il me propose quelque chose d'autre...  Il connaît son sujet et n'est pas avare de conseils.

Bon, je viens de trouver ma pharmacie...

Et puis voilà.  Je me ramasse au Béné pour un apéro...  Il y a peu de monde le samedi à 16h30.  C'est parfait...   J'écris ces lignes sur mon ziPad...

Hier c'était la fin d'une semaine de travail intense.  Elles le sont souvent.  Même si je ne travail que rarement plus de huit ou neuf heures par jour, je suis généralement épuisé à la fin de ma journée.

Les choses vont bien.  J'aime mon travail et les gens qui l'agrémentent.

Je me sens un peu seul parfois de retour à la maison.  Comme hier...  J'allume la tablette ou l'ordinateur et je cherche la famille.  Je jase avec soeur Sylvie souvent.  Je skype avec ma Candide de mère.  Hier j'ai pu contribuer à connecter Louis et Sylvain avec Candide, son rire de petite fille et ses 90 années.

J'arrive dans mon appartement.  Eve est venue faire le ménage.  C'est nickel, comme d'habitude.

Mais des fois je me sens loin de tous le monde.

...

Je magasine une nouvelle voiture.  Je vais encore acheter un modèle de luxe mais très usagé.

Un peu comme moi....  J'imagine...

7 août 2012

Pour qui je vais voter...




J’ai un fameux mal de tête mais la bosse commence à désenfler grâce à la glace qu’une des policières ma conseillée de mettre sur le derrière de mon crâne une fois à la maison.  Je me dis que cela ne sert à rien d’aller à l’urgence car je n’ai pas le visage en sang et je suis encore capable de marcher donc je ne suis pas une priorité….

Pour qui je vais voter?  Je suis un type de la classe moyenne qui a bossé toute sa vie et qui va probablement bosser encore de longue années, je me dis que faute de pouvoir me payer une retraite je vais travailler jusqu’à la sénilité, au moins à ce moment là je me rendrais pas compte qu’on m’installe dans une pièce commune et qu’on vient me laver que deux fois par mois…

Nous somme jeudi soir, je viens de reconduire une amie qui part pour Gaspé au terminus d’autobus, je suis passé ensuite par le parc Émilie-Gamelin pour voir la fin de la projection d’un film en plein air dans le cadre du festival Fantasia mais il était trop tard.  J’ai le temps de voir un policier qui écrase un contenant de verre très friable avec sa semelle.  Je ne sais pas ce que c’est, je me dis que c’est un contenant de drogue quelconque et que le policier l’écrase afin que les gens ne se blessent pas dessus…  Ce n’est pas un coin très jojo ici et je vais bientôt m’en rendre compte….

Heureusement j’ai la tête solide, un coup fracassant!  Bang! Je ne sais même pas quel projectile, j’imagine une bouteille, une bouteille tirée du deuxième étage.

Pour qui je vais voter?  Peut-être qu’il faudrait que je le demande à ce monsieur que je questionne afin de savoir s’il avait vu celui qui m’a ‘garoché’ un projectile par la tête alors que je quittais mon stationnement sur la rue St-André, presque coin Ontario au volant de ma vieille jeep décapotée.

- Le gars est un malade, c’est sûr que c’est lui qui t’as tiré ça sur la tête mais tu pourras rien prouver.  Des malades il y en a plein dans le quartier ici !

Peut-être qu’il faudrait que je lui demande à lui, ce type que j’ai entrevue à sa lucarne et qui a fermé sa lumière brusquement.  Hey!  Pour qui je devrais voter pour que tu cesse de lancer des projectiles aux gens!  Pour qui je devrais voter pour pas que t’essais de me fracasser la tête!

Ce n’est pas pour améliorer mon opinion de l’espèce humaine.  Pas pour contrer ce profond découragement, cet immense découragement…  La planète est mal gérée, ce monde est mal géré.   Des paumés il y en a partout et souvent laissés à eux-mêmes.  Tu te dis que l’argent qui aurait peut-être permis à en aider un ou deux est allé dans la poches d’un mafieux et confectionne un des pans de mur d’une des luxueuses résidences qui bordent les rives de l’ile de Montréal.

J’ai mal à la tête et le cou en compote.  Ma belle province me donne de plus en plus le goût de vomir.  La majorité silencieuse est supposée être honnête mais j’en doute.  Les gens honnêtes sont les premiers à te demander de ne pas déclarer le prix de vente complet à la SAAQ si tu leur vends ta vieille voiture. 


Je me dis qu’on a la province qu’on mérite…

Alors pour qui je vais voter?

J’ai une immense bosse sur la tête, le cœur très très lourd et j’attends les suggestions… 

11 févr. 2012

L'assemblage humain...





Et puis qu'est-ce que je pourrais bien vous dire sur le sujet?  Je suis un usager, pas un expert.  Je place la petite carte bleue sur le lecteur et je m'engouffre dans les corridors de ciment.

Certains disent que notre société favorise de plus en plus l'individualisme.  Tout pour se renfermer à l'intérieur de son chez-soi sans avoir à inter réagir avec le monde extérieur. 

Pas dans le métro….

Il y a tellement de monde que malgré le fait que j'utilise le tunnel deux fois par jours, aux mêmes heures, je reconnais rarement les gens.  Sauf… Au fil des mois, voire des années, on commence à reconnaître quelques têtes, quelques styles.  Ceux qui sont le plus remarquables, les bizarres qui parlent tout seuls, les filles aux cheveux roux, les colosses à la peau noire qui portent des chaînes et des lunettes de soleil en plein souterrain, les asiatiques endormis parce qu’ils ont étudiés une partie de la nuit, le gars de sept pieds qui nous fait passer pour des figurants dans un remake de Blanche-Neige et les sept nains, la famille latino dont le plus jeune est toujours en train de tourner autour du poteau central, le chinois qui se plante, droit, jambes écartés, devant la porte, comme pour bien montrer qu'il est capable de faire tout le voyage sans se tenir après rien, et j'en passe...  Dans le fond, oui, on en reconnaît du monde...

C'est profond un tunnel, je descends un escalier roulant, puis un autre, puis je tourne vers la gauche et j'aperçois le long quai, la rampe d'atterrissage et de décollage du serpent de métal bleu.

Le quai est bondé...

Je ne suis pas un expert, je suis un usager, je suis le type qui descend l'escalier roulant avec son long manteau noir et son sac beige en bandoulière.  Pour les autres, je suis probablement le monsieur avec les petites lunettes rondes et la moustache qui déplie son exemplaire du Devoir après s'être arrêté à un endroit bien précis du quai.  Certains auront peut-être remarqués que je m'arrête toujours au même endroit, précisément.  Que je termine mon café rapidement, si ce n'est pas déjà fait avant, puis que je retire un journal roulé dans mon sac, roulé serré, avec un élastique, on voit tout de suite que c'est un journal qui été livré devant ma porte le matin même.  Je suis celui qui est toujours directement en face d'une porte lorsque le métro s'arrête, toujours la même.  Celui qui ne s'assoit jamais, peu importe le nombre de places disponibles, mais qui s'accote entre l'extrémité du wagon et le gros filtre à air planté sur le sol.  Le gars qui tourne les pages de son immense journal en tentant de déranger le moins de monde et qui doit, en période de grande affluence, le lire en le faisant glisser comme un vêtement sur une corde à linge imaginaire au bout de ses doigts.

Je ne suis pas un expert, je ne peux pas vous parler de ce contrat pour les nouveaux wagons,  des retards que les délais de sa conclusion vont amener.  Je ne peux pas commenter sur les continuelles pannes de train pour des portes mal fermées, des freins d'urgences, des "incidents" qui font des flaques de sang sur les rails et des immenses trous dans la vie des gens.

Le quai est bondé...

La rame qui pénètre finalement le long du quai me donne l'impression de participer au tournage d'un film sur la déportation des juifs dans les camps de travail allemands.  Des centaines de visages sans expressions se serrent derrière les vitres des wagons...

Trop de monde, j'attends la prochaine rame pour m'insérer finalement dans l'assemblage humain.

On vit dans une société de plus en plus individualiste.  Aujourd'hui mon individualité est collée entre celle d'un père hispanique, d'une femme endormie et d'une jeune étudiante.  En regardant vers le fond du wagon j'entrevois le gars de sept pieds qui semble se baigner dans un océan de têtes et de cheveux...

Impossible de déplier mon journal sans causer une émeute…

« Une panne de train cause un ralentissement de service sur la ligne verte en direction Honoré-Beaugrand »

Militaire, journaliste, écrivain, maire de Montréal et maintenant…  Hum…    Honoré, pour l’instant, tu n’es qu’une direction vers laquelle mon corps chavire, goutte d’eau dans une mer de monde….  Si j’ai de la chance je vais pouvoir atterrir sur Square-Victoria et grimper dans ma tour de la bourse avant que tout ne cesse de fonctionner….



Parce que tout fonctionne de plus en plus mal dans le métro….




Je ne suis pas un expert, je suis le gars qui descend l’escalier.   Vous savez?   Celui avec la moustache et les petites lunettes rondes…

Vous m’avez pas remarqué?


Je sais, je sais c’est parce que vous regardiez la fille aux cheveux roux…

Ou le type de sept pieds, on peut pas le manquer….



McLeod


4 févr. 2012

Les yeux



Une nouvelle petite serveuse oeuvre au café où je me rends souvent, soit le matin pour me doter d'un café latté sur le chemin du travail où encore la fin de semaine, alors que je paresse à lire les journeaux ou écrire des niaiseries, comme je le fais en ce moment.

Elle a des yeux calmes qui se rapetissent parfois en deux traits quand elle s'adresse à nous, les clients, comme pour faire bonjour, comme les chats quand ils ne craignent rien et sont content de te voir, comme si dans le règne animal dont nous faisons partie, il était entendu que de fermer les yeux devant l'autre abaissait les défenses et livrait le message qu'il n'est point nécessaire de garder les yeux grands ouverts, mais qu'on pouvait les fermer, en tout quiétude et se laisser aller au plaisir intérieur d'être en présence de l'autre.

Il me reste suffisamment d'intelligence, même après en avoir amplement abusé, pour bien savoir que ces petits signes ne me sont pas exclusivement destinés.  Elle dispense calmement et largement le doux sourire de ses yeux et contribue, en bonne hotesse, à rendre l'endroit plus agréable.

Mais bon....  on peut toujours rêver....  ;-)



31 oct. 2010

Rouyn-Noranda et la planète Mars...


Je vais y aller différemment. J’ai pas eu mon accréditation. Je ne fais donc pas partie de la presse pour cette 29ième édition du festival de cinéma international de Rouyn-Noranda. Je ne suis même pas à proprement dit un festivalier. Ma sœur à eue l’idée d’offrir le forfait festival à ma mère de 87 ans qui désirait depuis longtemps refaire un tour en Abitibi et participer à l’évènement. Nous avons deux forfaits pour trois personnes. Nous devons donc faire garde partagée de ma mère pour les évènements du festival. Ma sœur offre et moi j’ai la carte de crédit. C’est généralement comme ça que ça fonctionne et c’est très bien. Grande sœur s’occupe de Candide, ma mère, comme une sainte. Candide, énormément vivante et autonome mais qui subie quand même, quand même… le poids des ans. Elle ne prendra pas sa voiture pour rejoindre grande sœur, mais l’autobus cette fois. Ce n’est pas qu’elle rebute traverser le parc des Laurentides au volant de sa petite machine mais maintenant, elle préfère ne plus conduire de nuit. Les filles sont arrivées de Québec ce jeudi et le lendemain nous partions pour la mystérieuse Abitibi. Seule région du Québec où je n’étais encore allé.

Je vais y aller différemment. Je ne suis pas accrédité. Ce qui me place dans une certaine zone de confort, la marge. Je suis habitué à la marge. À ma naissance, l’ange responsable de ma venue n’avait probablement pas eu une bonne journée. Sans doute s’est-il dit, celui-là, qu’il mange de la marge…

Remarquez que la marge c’est pratique, ça permet de se déplacer plus rapidement, d’éviter les paragraphes laborieux du grand texte de la vie… Quoique de temps en temps il faille bien plonger dans les phrases et subir quelques mots…

Nous avons cherché un endroit pour manger un peu avant la première projection. Cherché par hasard et, bien entendu, tombé dans un endroit particulier, lors d’un évènement particulier. Je ne vous ai pas raconté l’histoire de ma vie? Faudrait que je le fasse éventuellement. C’est toujours comme ça.

Le resto 7-4-7 est un petit endroit sans prétention sur la rue principale de Rouyn. Il faut commander au comptoir les plats de restauration rapide que nous connaissons tous, poutine, burger, poulet en cuisse et le reste. Pas le genre d’endroit ou nous nous serions attendus à voir des écriteaux « Réservés » sur certaines de la dizaine de tables de la place. Le patron doit d’ailleurs nous libérer une de ces tables pour que nous puissions nous asseoir.

- Pas de problème on va s’organiser.

Certaines personnes sont déguisées. C’est bien sûr la soirée des partys d’Halloween, ce doit être cela. Cependant, au moment ou ma sœur et moi entamons nos Fish-and-chips et Candide, son quart de poulet en cuisse, une fillette de 10 ans déguisée en mariée ou Sainte Vierge - je ne vois pas bien la différence - s’installe au micro de la petite scène de fortune élaborée à l’avant du restaurant et s’adresse à nous avec une assurance déconcertante.

- Bonjour, mon nom est Carol Anne et je vais maintenant vous interpréter quelques extraits de mon dernier CD.

Sur ce, la petite Carol Anne s’exécute et farcie l’atmosphère de plusieurs chansons sans la moindre hésitation, avec les effets de voix et tout et tout. Bon, j’ignorais que Rouyn-Noranda possédait une mini Céline Dion…

J’ai soudainement l’impression d’avoir, sans m’en rendre compte, bifurqué vers la planète Mars lors d’une jonction de la 117.

- C’est depuis que le Triolet à fermé, nous explique Roger Poirier propriétaire du martien restaurant, il y avait plus de place pour la scène locale émergente. Alors on fait des soirées une fois par semaine. J’aime ça. C’est moi qui traîne le stock de mon fils qui a un band heavy metal. Môdit qu’y font du bruit ces jeunes là!

Sur ce il retourne à sa minuscule cuisine en rigolant.

J’ai compris, nous sommes tombés sur une de ces multitudes de petites planètes Mars qui gravitent autour des communautés Québécoises. Je ne peux pas m’empêcher de me sentir bien, chez moi, tant c’est représentatif des gens de nos régions qui se regroupent et font des choses pour leur milieu. L’Abitibi c’est comme le Saguenay où j’ai grandi, Le Bas St-Laurent où j’ai étudié, La Mauricie où je suis devenu un artiste et Montréal…

Montréal c’est autre chose. Montréal c’est comme le film de Robert Ménard, celui que nous avons vu en première mondiale. Ah oui, il ne faut pas oublier, je suis ici pour le festival de films…

Candide et moi quittons grande sœur à la sortie du restaurant. C’est moi qui accompagne ma mère à la soirée d’ouverture. Nous faisons le trajet à pied, doucement, vers le Théâtre du cuivre où nous arrivons les premiers et buvons lentement un verre en regardant les gens remplir le foyer.

Ensuite, bien tassés parmi les autres forfaitaires meublant le balcon du théâtre du cuivre, nous retrouvons encore des morceaux de la planète Mars québécoise sous la forme de nos voisins de banquette. Candide fait connaissance avec des gens du Saguenay alors que moi je discute agréablement avec un ancien de la centrale nucléaire de Gentilly où j’ai moi-même travaillé. Le monde est petit.

Puis la soirée commence. Je vous fais grâce des discours protocolaires qui ne furent cependant pas trop longs ni trop plates. C’est aussi Jacques Matte qui parla au nom des trois fondateurs du festival, Louis Dallaire et Guy Parent à ses côtés. Encore là tout fut bref, les amoureux du cinéma préférant de toute évidence faire parler l’écran géant qu’eux-mêmes.

Au programme deux cours métrages, « The cow who wanted to be a Hamburger » de l’américain Bill Plympton, une délicieuse petite animation racontant les efforts et les surprises d’une vachette voulant être suffisamment baraquée pour être choisie par les marchants de viande, ne comprenant que plus tard les implications funestes de l’exercice et « Glenn Owen Dodds » de l’Australien Frazer Bailey, une petite fable humoristique très réussie sur la rencontre d’un jeune homme avec Dieu.

Puis la projection principale, le Robert Ménard.

« Reste avec moi » est un beau film, bien réussi. Il vous humectera le coin des paupières le moment voulu et vous fera réfléchir sur le déchirement familial quand ce sera le temps de le faire. C’est bien ficelé, enrobé d’une très bonne direction photo et pas trop mal scénarisé. Gérard Poirier joue un rôle de type « Gérard Poirier » et Louis Morissette un de type « n’importe qui d’autre que Louis Morissette » dans lequel il me semble aussi parachuté que le fut Stéphane Rousseau dans « Les invasions barbares ». C’est peut-être une question de direction d’acteur ou de choix de plans. Il aurait peut-être fallu le cadrer un peu plus pour aller chercher le registre des expressions de son visage. Je ne sais pas, je ne suis que le l’idiot de service qui donne sa pauvre opinion…

Danielle Proulx a encore héritée d’un rôle de la madame paumée, alcoolique dans le cas qui nous intéresse. Mais c’est une comédienne magnifique et elle est toujours criante de vérité. Vincent Bilodeau se charge d’être le discret mari. Petit rôle de soutien qu’il soutien justement avec générosité. Il a fait exactement ce qu’il devait faire pour servir le film, parfait.

Je connais peu Julie Perrault qui tien le rôle de la mère mono parentale qui doit gérer les facéties de sa fille. C’est de ma faute, Je dois m’organiser pour la voir plus. Elle est très crédible en mère débordée et son bizarre regard qui semble chercher partout à la fois la sert très bien. Cette expression ressemble un peu cependant à ce qu’elle faisait dans la superbe série « Minuit le soir ». C’est pour cette raison que j’ai hâte de la voir dans d’autres registres, mea culpa car elle ne chôme pourtant pas, autant au cinéma qu’au théâtre et maintenant même dans la photographie (J’aime les gens qui font plein de choses).

La petite Alexandra Sicard qui avait six ans au moment du tournage est sublime. C’est particulièrement difficile de faire jouer la comédie aux enfants, pourtant rien de faux ne transparait. On y croit du début à la fin, chapeau!

Je vous dirai peu de chose de Maxim Roy qui joue la conjointe de Louis Morissette, sinon je suis parti pour un bon vingt pages… Cette comédienne crève l’écran même lorsque qu’elle ne fait que se ternir recroquevillée sur un divan. Livraison du texte, ton et expression. Cette fille ne joue pas mais s’utilise elle-même comme instrument dramatique. Bon, ça y est, je vais encore tomber amoureux…

Parlons maintenant Joseph Antaki, vous ne le connaissez pas? Et bien j’espère que vous aurez l’occasion de le connaître plus. « Reste avec moi » est film choral, il explore donc le destin de différents personnages qui se recoupent à certains points du film. Joseph Antaki et Fariba Bonakdar jouent un couple d’émigrés, lui travaillant au noir dans une entreprise de terrassement et elle s’usant dans un sweat-shop, tous deux à la merci de patrons et logeurs véreux. Quoiqu’un peu caricatural (les patrons sont tous méchants), ce segment représente quand à moi un sujet de film à lui tout seul. C’est bien filmé, bien joué, sobre et glauque à souhait. Ménard s’amuse à alterner entre l’abime du jeune couple d’émigrés et l’appartement hors de prix abritant Maxim Roy et Louis Morissette qui eux sont à l’autre bout du spectre. Monsieur Antaki et Madame Bonakdar sont excellents dans leurs rôles. Rien à redire, on y croit. Le scénario donne un peu plus d’espace à Joseph Antaki, confronté entre sa bonté et une situation sans issue où il doit travailler pour son détestable propriétaire afin de ne pas être, lui-même, mis à la porte de son appartement. Encore un bon mot pour la direction photo. Le bloc appartement miteux où abouti le couple est très bien représenté. Notez les scènes où le mari émigré doit collecter le loyer chez un vieux habitant un appartement encombré de chats et une jeune mère célibataire, on y croit.

« Reste avec moi » c’est Montréal. Le quartier de la bourse et les taudis. Une réflexion sur la fragilité du bonheur, les relations familiales et les disparités sociales. C’est évidemment un meilleur travail que les navets alimentaires « Cruising bar » que nous as servi précédemment le réalisateur, sans parler « Du bonheur de Pierre » qui est à peu près passé inaperçu y compris pour moi qui ne l’a pas encore vu.

C’est un meilleur travail mais Ménard s’est peut-être donné un boulot trop large avec ce film qui contient de la matière pour en faire quatre… Résultat, on reste sur notre faim à certaines occasions et on a peine à croire à la densité des évènements dans d’autres. J’ai hâte de le voir resserrer sa lunette et creuser son goût pour l’humanisme d’une manière plus posée. Après tout avec « Reste avec moi » Ménard commence à jouer dans la cour des grands et on ne peut que le féliciter pour cela.

À côté de moi, Candide a versé une larme. J’assiste à une ovation debout à la fin de la représentation.

Nos nouveaux amis nous proposent de nous reconduire à l’hôtel, ce que j’accepte avec plaisir étant donné que la petite Candide commence à être fatiguée.

Et puis moi, un peu plus tard, je vais aller me perdre dans Rouyn.

Histoire de trouver d’autres planètes Mars…



McLeod